Je suis née et j’ai grandi à Montréal.

J’ai grandi en déjeunant une man’ouché au petit déjeuner.

J’ai grandit en parlant libanais et en apprenant le français à l’école.

J’ai grandi en mangeant du taboulé, du fattoush, du hummus, du shish taouk, du shawarma et des falafels.

J’ai grandi en partageant le pita avec mon père devant le pot de labnée, tard dans la soirée.

J’ai grandi en m’envolant à chaque quatre ans, durant les vacances d’été, au Liban pour visiter toute ma famille : mes grands-parents, mes cousins, mes oncles et mes tantes.

J’ai grandi en parlant à mes tétas et jédos au téléphone, sans les voir pendant très longtemps.

J’ai grandi en allant à l’église en famille et en faisant la bénédiction avant chaque repas.

J’ai grandi dans une famille où on parle fort, où nous n’avons pas peur de dire nos opinions et où les soupers finissent par les anecdotes de l’enfance de nos parents.

J’ai grandi en étant fière d’être libanaise et de mes origines qui m’ont forgé et tant appris sur le monde.

Mes parents ont grandit à Beirut.

Mes parents ont dû quitter, il y a 25 ans, leur Liban pour se donner une chance dans cette vie. Ils ont quitté le coeur lourd, un pays déjà dans la misère il y a 25 ans.

C’était il y a 25 ans, et pourtant, en voyant les images de Beyrouth décimée à la télévision, on aurait cru que cette guerre ne s’était en fait jamais terminée.

Beyrouth fut, à une époque, la Suisse du Moyen-Orient, capitale riche et culturelle, il est terrible de la voir dans un état si pitoyable aujourd’hui.

Mes racines sont à Beyrouth, plus particulièrement à Ashrafieh et à Mar Michael.

C’est dans ces quartiers où mes parents ont grandi, où chaque recoin leur évoque un souvenir et où toute notre famille habite. Ces quartiers que je visitais avec ma sœur, mon grand-père ou mes cousines.

Ces quartiers qui sont partie en fumée, le jour du 4 août 2020.

J’ai mal, mon cœur saigne et les larmes ne s’arrêtent plus.

J’ai mal pour Beyrouth, j’ai mal pour mon Liban, j’ai mal pour chaque Libanais.

Les sentiments qu’on ressent lorsqu’on fait partie de la diaspora sont mitigés.

Je me suis sentie chanceuse d’être au Canada, mais j’avais terriblement envie d’être au Liban. Être loin de ses proches dans une situation aussi douloureuse, c’est très difficile. Le sentiment d’impuissance qui nous envahit rend malade.

Je ne souhaite à personne d’appeler ses proches en panique après une explosion pour voir s’ils se portent bien. C’est encore plus douloureux lorsque l’on sait que pour plusieurs centaines de Libanais, le retour d’appel annonçait la nouvelle tant redoutée et dévastatrice.

Les Libanais ont su se relever, ont su d’adapter à toutes les épreuves et ont su se montrer résilient contre n’importe quel obstacle. En revanche, cette fois, la chute fait mal, vraiment mal. Beyrouth est à terre, mais pas à genoux.

Je n’ai pas vécu physiquement au Liban, mais j’ai vécu au Liban à travers les yeux de mes parents, à travers leurs histoires de jeunesse et à travers leurs traditions.

Le Liban et sa capitale ne sont pas un tas de ruine, c’est un pays à l’histoire vertigineuse. C’est un pays qui possède une culture riche. C’est un pays où les montagnes et la plage se côtoient tous les jours. C’est un pays à la langue unique et aux paysages à couper le souffle. C’est un pays dont le peuple est généreux, accueillant, bienveillant et soudé.

C’est si frustrant de voir que ce si beau pays sombre depuis des années dans les ténèbres à cause d’un gouvernement corrompu et sans aucune once d’empathie envers son peuple.

Mes condoléances, mes prières et mes pensées sont envers chaque famille qui a perdu un proche par cette explosion. Que leurs âmes soient en paix.

Beyrouth, ce sont tes habitants qui font ta beauté, et on ne te laissera pas tomber.

Mon Liban, tu finiras par te relever pour ressortir plus fort, plus brillant et plus solide, comme le Cèdre qui est ton emblème.

Mon Liban, j’espère que c’était la dernière fois que ton drapeau était en berne.

Pour aider le Liban, https://helplebanon.carrd.co/

Pour faire un don à la Croix Rouge Libanaise, https://www.supportlrc.app/donate/

Ne laisser pas le Liban s’effacer de la carte.

Une fille au chocolat